La naissance des bases aériennes

Les Blériot XI de l'école militaire de pilotage d'Avord avant juillet 1912.
L’idée de création de bases aériennes germe dans les premières années du XXe siècle, au moment où les exploits des pionniers de l’air, comme Santos-Dumont et Blériot, drainent une foule enthousiaste et l’amènent à se passionner pour l’aviation balbutiante. Dès l’automne 1908, l’Automobile-Club décide de créer une section d’Aéronautique et d’organiser, pour l’année suivante, un concours d’aviation entre Bourges et Châteauroux. Le prince d’Aremberg, président de l’association et conseiller général du Cher, convainc l’assemblée de l’intérêt qu’il y aurait à créer une « station aéronautique » dans le département.
Reste à trouver un lieu susceptible d’accueillir les installations. En septembre 1910, l’aviation démontre sa capacité à rendre d’immenses services dans le domaine de l’observation. Le ministre de la Guerre, jusqu’alors sceptique, s’intéresse aux projets du Cher. Son choix s’arrête sur le camp d’infanterie d’Avord, visité par le commandant Hirshauer, responsable des aérostiers. Le rapport de ce projet auprès de l’assemblée départementale remporte tous les suffrages, puisqu’il déclare : « Avord sera le Saumur de l’aviation ! » Le conseil général décide alors de voter une somme de 300.000 francs pour aménager le site et construire les hangars et des bâtiments.
Après
la Première Guerre mondiale, les unités d’aviation sont regroupées en
régiments sur un terrain dont la piste en herbe se trouve au centre du
dispositif général. Là vivent les unités, le personnel travaille dans
des baraquements démontables et les hangars abritent les avions.
L’unité stationnée, le régiment, d’un millier de personnes environ,
comprend un état-major, un parc, des groupes et des escadrilles qui
mettent en œuvre une dizaine d’appareils pour la chasse. Le parc est un
établissement chargé des réparations du matériel technique. Il
comprend, outre le commandement, des ateliers, des magasins, une
section de transport, une section de phares et une école de
spécialistes. Unité administrative complète, le régiment –incorporé
dans des brigades aériennes- occupe un terrain ou aérodrome. Le terme
« base » ne fait pas encore partie du vocabulaire, réservé à l’aviation
navale. Le
ministère de l’air est crée le 4 septembre 1928, date de nomination
d’André Laurent-Eynac, premier ministre de l’Air. Il faut attendre le 1er
avril 1933 pour qu’un décret interministériel fixe les principes
généraux d’emploi et d’organisation de l’armée de l’air, créant
officiellement cette nouvelle armée. Pendant les premières années de
son existence, l’aviation militaire adopte les principes de l’armée de
terre. Ce n’est qu’après son indépendance, en 1933, que l’armée de
l’air peut s’organiser en s’adaptant à la spécificité de ses missions.
La création des bases aériennes représente, à cet égard, une étape
essentielle. Les régions aériennes sont au nombre de quatre en
métropole, auxquelles il faut ajouter une cinquième en Afrique du Nord.
Parallèlement, une réorganisation des régiments est mise à l’étude. En
effet, ces unités extrêmement lourdes constituent une charge excessive
pour le commandement. Leur organisation, calquée sur celle des
régiments de l’armée de terre, ne répond plus aux spécificités des
missions dévolues à l’armée de l’air. Déjà, au cours de l’année 1932,
onze régiments ont été transformés en escadres, trois escadres de
reconnaissance sont créées et cinq bases aériennes sont mises sur pied.
La base comprend un état-major de brigade, un centre d’instruction
(services généraux, mobilisation, perfectionnement des réserves), un
parc d’aviation et un bataillon de dépôt (services administratifs,
compagnies de dépôt, service de santé, section de fusiliers, section
des engagés). A
Dijon, l’une des nouvelles bases aériennes créées, cinq escadres
stationnent : deux de reconnaissance, deux d’observation et une de
chasse ( la 7e).
Toutes ces unités, qui se composent de deux groupes à deux escadrilles,
disposent d’une administration allégée. Ce sont les éléments fixes,
ceux de la base, qui sont chargés de pourvoir aux besoins des unités
aériennes. Pour ce faire, ils groupent les différents moyens
nécessaires (instruction, ravitaillement, administration, mobilisation
et garde). Satisfait
de ce modèle, Pierre Cot décide de créer définitivement les bases
aériennes et adresse un rapport au président de la République, le 18
octobre 1933, dans lequel il précise : « L’expérience
a montré que l’organisation des formations de l’armée de l’air en
régiments, telle qu’elle résulte de la loi du 28 mars 1928, fixant les
cadres et les effectifs de l’armée, n’est pas adaptée aux besoins
particuliers de l’armée de l’air. Le commandement des régiments
constitue, en effet, une charge excessive et leur organisation,
inspirée des règles en vigueur au sein du département de la Guerre,
répond mal aux nécessités de préparation des formations de l’armée de
l’air aux missions qui lui sont confiées par le décret du 1er
avril 1933. J’ai donc été amené à prescrire, dans certains centres de
l’armée de l’air, l’expérimentation d’une formule nouvelle où, sous une
vigoureuse concentration de l’autorité à l’échelon supérieur (brigade
ou demi-brigade), des éléments fixes (bases), groupant les moyens
généraux d’instruction, de ravitaillement, d’administration, de
mobilisation et de place, pourvoient aux besoins des escadres. Des
éléments mobiles (escadres), dotés d’une administration allégée, se
consacrent à l’instruction tactique. Cette expérimentation limitée a
donné des résultats concluants qui m’incitent à demander qu’elle soit
étendue à la totalité des formations de l’armée de l’air. » A
la veille du vote de la loi du 2 juillet 1934, l’armée de l’air se
compose d’unités stationnées sur le territoire de cinq régions
aériennes : Metz, Paris, Tours, Lyon et Alger. Les bases de Dijon, de
Metz et de Nancy sont rattachées à la 1èere région aérienne ; Reims et
Chartes à la 2e ; Pau, Tours et Châteauroux à la 3e, et Lyon pour la 4e.
Sept escadres de chasse, sept d’observation, trois de reconnaissance,
une de bombardement et deux autres escadres représentent les grandes
unités de l’époque. Cette organisation sera modifiée plusieurs fois par
la suite, mais le principe de la séparation des éléments fixes et
mobiles perdurera. L’armée de l’air se détache définitivement des
modèles organisationnels de l’armée de terre pour adopter un
fonctionnement inspiré de la Marine.

Dijon Longvic 1928
